Le décompte · 25 s
Trente mille habitants, mille cent entités blockchain, et pas une enseigne. Tu ne vois rien depuis la rue : c'est exactement ce qu'ils sont venus acheter.
Zoug : trente mille habitants, mille cent entités blockchain
Kevin Cuccolo · 08 septembre 2026 · 3 min de lecture
Zoug. Un lac, une vieille ville, vingt minutes de train depuis Zurich. Tu descends du train, tu cherches la chose à voir, il n’y a pas de chose à voir.
Trente mille habitants.
Et plus de mille cent entités liées à la blockchain.
Le siège mondial de la Fondation Ethereum est là. Cardano, Tezos, Dfinity aussi. Le tout tient dans quelques centaines de mètres. Bureaux discrets, enseignes quasi absentes. Tu peux traverser la concentration la plus dense d’entités blockchain au monde en allant chercher ton pain et rentrer chez toi convaincu que Zoug est une ville tranquille.
Bon.
Ce qu’on vient chercher (et ce n’est pas que l’impôt)
Tu te dis fiscalité. Tout le monde se dit fiscalité, et ce n’est pas faux. C’est juste trop court : pour la fiscalité toute seule, il existe des îles, et elles sont plus chaudes.
Ce qu’on vient chercher à Zoug, c’est la tête que ça fait sur un document. Une fondation de droit suisse, surveillée par l’autorité fédérale de surveillance des fondations, ça a l’air sérieux. Les Caïmans aussi ont des fondations. Elles n’ont simplement pas l’air sérieuses.
Traduction de comptoir : on ne vient pas à Zoug pour disparaître, on vient pour avoir l’air respectable. Ce n’est pas la même industrie, et ça ne se facture pas pareil.
Pour l’échelle, les cinquante plus grosses entreprises de cet écosystème pesaient environ six cent vingt milliards de dollars à la fin 2024. Dans une ville de trente mille habitants. Ça joue.
L’avance, et sa date de péremption
Berne n’a pas gagné ça au hasard, elle l’a fait sans le dire, ce qui chez nous revient à peu près au même. Loi sur les registres distribués adoptée en septembre 2020, en vigueur par étapes en 2021, pendant que l’Union européenne en était encore à se demander à quoi ressemblerait son propre texte. Environ trois ans d’avance.
Trois ans, dans la réglementation financière, c’est beaucoup. C’est aussi périssable : les entreprises suisses qui veulent vendre dans l’Union doivent de toute façon se plier au règlement européen, et la question de savoir si les deux régimes se valent se négocie encore avec Bruxelles. On appelle ça une avance. Ça ressemble surtout à une place de parc bien choisie, et on sait ce qui arrive aux places de parc.
Le danger n’est pas là où tu le cherches
On imagine le risque du côté du gros scandale, du krach, du régulateur qui débarque un matin. Pas du tout. Le risque, ce sont nos propres banques.
UBS a des équipes blockchain, un département d’actifs numériques, l’accès à la bourse d’actifs tokenisés, tout ce qu’il faut. Elle a aussi une clientèle institutionnelle qui déteste les surprises, des validations internes qui prennent des mois, et depuis la reprise de Credit Suisse, une prudence de moine. Du côté des néobanques, Neon, Yuh et Radicant cumulaient environ huit cent mille clients actifs en 2025. Moins de dix pour cent de la bancarisation, et zéro entame sur ce qui rapporte vraiment : hypothèques, gestion de fortune, deuxième pilier.
Alors le scénario qui menace la Crypto Valley n’a rien de spectaculaire. Personne ne se fait prendre. Les jeunes boîtes vont simplement chercher leur capital de croissance à Dubaï ou à Singapour, les gens suivent l’argent, et ce qui aurait pu s’accrocher au système financier suisse pousse gentiment à côté de lui.
Trente mille habitants, mille cent entités, et pas une enseigne. Ailleurs, on appellerait ça de la discrétion. Ici, c’est le produit.
Adjeu.
#Zoug#blockchain#Crypto Valley#Suisse